Visite de la ministre dans le Jura : quelle vision ?

Le 26 février 2026, Mme Sabrina Roubache a été nommée ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnelle et de l’apprentissage, sous la double tutelle des ministères de l’Éducation Nationale et du ministère du Travail et des Solidarités. Le 5 juin, elle était dans le Jura pour visiter les lycées Friant à Poligny,Victor Berrard à Morez, et le CFA de Gevingey.

Rebelote, puisqu’entre juillet 2022 et janvier 2024, dans le gouvernement d’Elisabeth Borne, un poste équivalent avait été mis en place, occupé par Mme Carole Grandjean, puis abandonné pour un retour au sein de l’éducation nationale.

Avec cette nouvelle nomination, au-delà d’un simple remaniement ministériel, le projet de démantèlement des lycées professionnels publics se poursuit. Le Premier Ministre annonce ainsi le renforcement d’une politique contre l’élévation du niveau de qualification et l’émancipation de la jeunesse défavorisée.

En mélangeant formation scolaire et apprentissage, le gouvernement, comme tous les néo-libéraux, de l’extrême-centre à l’extrême-droite, veut imposer le « modèle de l’apprentissage ». Depuis le premier mandat d’Emmanuel Macron, une vision purement utilitariste de l’éducation se développe, et notamment du lycée professionnel. La mission de formation et l’élévation du niveau de qualification des jeunes, notamment celles et ceux issu·es des classes populaires, est méprisée. L’apprentissage, qui est devenu un outil de gestion du marché de l’emploi, est encore une fois favorisé.

Les réformes de l’enseignement professionnel se succèdent et font entrer davantage l’entreprise dans l’école, au prétexte de diminuer le chômage des jeunes. Le lycée professionnel ne peut pas être le bouc émissaire de cette politique absurde quand les dizaines de milliards déversés pour l’apprentissage ces dernières années ont pourtant abouti à un échec : près d’un jeune sur cinq est au chômage. De plus, les divers dispositifs mis en place par les ministres successifs depuis 2017 (Avenir Pro, parcours « différencié » devenu « personnalisé » en terminale professionnelle, mixage des publics dans les classes…) laissent toujours plus de place au monde du travail et diminuent d’autant les heures de cours dispensées aux élèves. Dans notre région, les sections de BTS sont en danger, car on y compte un grand nombre de places vacantes… Les élèves issu·es des filières professionnelles se retrouvent en difficulté face aux attendus dans ces sections, ils n’auraient « plus le niveau », mais comment pourraient-ils tous s’en sortir avec un volume d’heure d’enseignement réduit de 40 % depuis 2009 ? Si les sections de BTS ferment, quelles poursuites d’études seront proposées aux élèves qui sortent de bac pro ? Les 2 semaines consacrées à la poursuite d’études lors du parcours personnalisé à partir de l’an prochain suffiront-elles ?

Pour la FSU, la formation professionnelle doit rester une mission de l’Éducation Nationale, dans le cadre d’une scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans. Les élèves de la voie professionnelle ne sont pas une main d’œuvre à disposition des entreprises. Elles et ils méritent une formation professionnelle globale, citoyenne et émancipatrice.

Lors de sa venue dans le Jura le 5 juin 2026, la ministre a donné sa vision des choses . Elle y a fait la promotion des dispositifs de la voie pro, dont « Avenir Pro », les certificats de spécialisation, et « assumer la baisse de l’aide aux grandes entreprises pour l’apprentissage ». On ne peut que se réjouir de cette 2ème décision. Par contre en ce qui concerne le temps d’apprentissage, vous pourrez lire sa vision et les réponses au SNUEP posées par l’intermédiaire de la journaliste du Progrès dans cet article. L’intégralité de la page relatant cette visite est disponible ici (source : Le progrès, édition Lons le Saunier, 6 juin 2026)

Jérôme LENORMAND.

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